A l’image de la liberté de circulation des personnes, la liberté de commercialiser des fonds dans toute l’Europe est une réalité. Résultat : UBS et HSBC ont pu diffuser via le Luxembourg et l’Irlande des fonds «Madoff» dans les portefeuilles de leurs clients. En faisant fi de leur devoir de contrôle.

Fabrice Rémon
responsable de Deminor France
« Diplômé de l’université de Paris Dauphine, de l’Edhec et de l’Insead, Fabrice Remon a commencé sa carrière au département Corporate Finance de la Barclays Bank à Paris. Successivement directeur financier de la société Econocom International NV, puis consultant, il rejoint en 1996 Deminor International comme associé. Il est à l’origine de la création de Deminor France où il assure le développement de l’activité de conseil aux actionnaires minoritaires et la mise en œuvre de l’activité gouvernement d’entreprise en France. »
Le scandale Madoff ne peut être complètement décorrélé des conséquences de la construction européenne. En effet, les accords de Schengen visent à permettre aux personnes de franchir les frontières des pays sans avoir à présenter leur passeport. Il en va de même pour le monde de la finance.
Afin de permettre une commercialisation plus facile en Europe des produits financiers, une directive européenne UCITS III a instauré la notion de « passeport européen ». En résumé, elle permet à une société de gestion agréée dans un Etat membre d’exercer librement ses activités sur le territoire des autres Etats membres. Avec des exigences supplémentaires en termes de contrôle interne, de surface financière et d’indépendance entre le gestionnaire et le dépositaire. C’est ainsi que, dotés de ce fameux passeport européen obtenu au Luxembourg et en Irlande et de ces supposées garanties, les fonds dits « Madoff » ont été proposés aux investisseurs européens, avec manifestement un succès commercial particulièrement réussi en France !
Or, le système n’a pas fonctionné puisque les établissements en charge de certains de ces fonds, notamment UBS pour le désormais tristement célèbre LuxAlpha et HSBC pour Thema, sans oublier leurs commissaires aux comptes respectifs (Ernst & Young et PWC), n’ont manifestement pas mis en œuvre leurs obligations de contrôle. On peut en passant s’interroger sur l’utilité d’avoir des commissaires aux comptes validant des comptes de toutes évidences faux ! Il s’en est suivi le désastre que l’on connaît.
Cette affaire pose la question des trous noirs. Existe-t-il en Europe des pays plus laxistes que d’autres ? Y a-t-il un danger de passer par certains pays pour y investir ? Le Luxembourg et l’Irlande ne s’y sont pas trompés. L’un et l’autre se sont sentis obligés, dans des communiqués un peu tardifs, de rappeler certaines obligations qui s’imposaient aux sociétés qui exercent sur leur territoire. Il y a là un véritable enjeu politique et économique pour ces pays. Car ils ont beaucoup à perdre si les épargnants ayant investi chez eux s’aperçoivent qu’ils ne sont pas protégés.
Enfin, dans cette affaire, le risque de réputation pour UBS et HSBC est colossal dans un secteur d’activité où un des éléments essentiels est la confiance. S’ils n’assumaient pas leurs responsabilités, il ne fait aucun doute que bon nombre de leurs clients partiraient à la concurrence. Il est d’ailleurs incroyable d’observer le silence gêné de ces établissements et leur manque de communication.
Attention, il ne faut pas que les conseillers en gestion ayant placé des produits Madoff dans le portefeuille de leurs clients s’estiment pour autant déchargés de toute responsabilité. Leur devoir est désormais d’utiliser tous les moyens à leur disposition pour amener les établissements qui étaient dépositaires, parfois gestionnaires et même évaluateurs de ces fonds, à assumer leurs choix d’investissements. En d’autres termes, à rembourser les investisseurs.
Il est amusant de constater que HSBC (Thema) est lui-même dans une situation délicate, ses gestionnaires ayant placé du LuxAlpha (UBS) dans les portefeuilles de sa clientèle. Elle se doit donc de poursuivre UBS pour défendre ses clients, tout en montrant par là sa responsabilité dans Thema ! Beau conflit d’intérêt à gérer. C’est l’arroseur arrosé.
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| baisser | 22 % |
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Un peu facile de dire que les commissaires aux comptes n'ont pas mis en œuvre leur obligation de contrôle sauf à ce qu'ils aient été mêlés de très près au scandale Madoff. Avez-vous une boule de cristal à leur proposer pour savoir si telle ou telle ligne de fonds est "toxique" et remonter une piste d'audit. Cherchez d'autres boucs émissaires.
bonsoir, Un commissaire au compte vérifie par sondage et contrôle la régularité comptable. Point barre. Si on veut aller plus loin il faut un contrôleur de gestion indépendant avec une lettre de mission spécifique. En principe le conseil d'administration s'y opposera. Nous avons en France le gendarme des épargnants(AMF) sa mission s'arrete à la bourse alors qu'elle doit protégé tous les épargnants (voir sa mission confier par l'Etat). Je serez curieux de savoir si des contôles ont été effectués sur nos associations de retraite par capitalisation qui remettent leur bilan 18 mois aprés le terme ou pas du tout ? A mes yeux ce fait est déja révelateur. Je pense qu'il faut s'attendre pour l'exercice 2008 bilan en main le au 30/6/2010 ou pas du tout a des surprises par une diminution du nombre de points pour celles qui n'ont pas manoeuvreés par anticipation dans le bon sens. Le livre de Guillaune Prache " les scandales de l'épargne retraite" est édifiant