La gouvernance des sociétés cotées porte une lourde responsabilité dans les pertes subies par de nombreux épargnants. Pourquoi ne pas exiger que la moitié au moins des conseils d’administration soit composée de membres indépendants comme pour les associations d’assurance vie ?

Guillaume Prache
expert financier auprès de la Commission européenne
« Seul expert financier français représentant les épargnants auprès de la Commission européenne, ce magistrat à la Cour des comptes en disponibilité est aussi président de l’ARCAF (Association nationale des adhérents des régimes de retraite complémentaire de la fonction publique). Il est depuis plusieurs années la bête noire des organismes d’épargne retraite à destination des fonctionnaires. Non sans arguments, comme en témoigne son livre publié à l’été 2008, « Les scandales de l’épargne retraite » (Bourin éditeur). Site Internet : www.epargneretraite.org »
On a vu depuis 2008 la valeur boursière de grandes sociétés cotées s'effondrer brutalement, alors que quelques mois auparavant leurs conseils d'administration avaient autorisé le versement de bonus aux cadres dirigeants pour des centaines de millions et parfois même des milliards d'euros... En témoigne, par exemple, la distribution de milliards de dollars de bonus aux cadres dirigeants de la banque d'affaires américaine Lehman Brothers, quelques mois avant sa faillite retentissante. Comment les administrateurs dits indépendants de la direction de ces entreprises ont-ils pu approuver de telles mesures et ne pas alerter les actionnaires ?
Leur rôle a été largement passé sous silence dans les analyses de la crise boursière. Espérons que l’accent mis à l’heure actuelle par nos gouvernants sur la lutte contre les paradis fiscaux – lutte certes bienvenue, mais dont le lien avec la crise financière semble bien ténu – ne soit pas un moyen de faire « porter le chapeau » de la crise à quelques particuliers, et de détourner ainsi l’attention de la responsabilité beaucoup plus importante et directe des administrateurs de grandes entreprises, surtout financières, cotées. Le gouvernement français et la Commission européenne doivent s’attaquer résolument à ce grave problème de gouvernance qui a contribué à ruiner des millions d'épargnants directement (petits actionnaires, notamment salariés) ou indirectement (porteurs d'OPCVM, de contrats d'assurance vie, de plans d'épargne retraite, etc.).
Pourquoi ne pas s'inspirer en la matière de la réglementation française des associations souscriptrices de contrats d'assurance vie instaurée fin 2005 à la demande de la Faider (Fédération des associations indépendantes de défense des épargnants pour la retraite), qui exige que les conseils d'administration de ces associations soient composés pour plus de la moitié de membres indépendants ? Et la loi définit précisément cette indépendance : ces administrateurs ne doivent détenir ou avoir détenu au cours des deux années précédant leur désignation aucun intérêt ni aucun mandat dans l'organisme d'assurances signataire du contrat d’assurance, et ne pas recevoir ou avoir reçu au cours de la même période aucune rétribution de la part de ce même organisme (article L. 141-7 du Code des assurances).
L'argument souvent avancé contre l'indépendance des administrateurs est celui de leur nécessaire compétence. Cet argument ne justifie pourtant aucunement les conflits d'intérêts des administrateurs: on peut trouver des administrateurs à la fois compétents et indépendants pour autant qu'on les rémunère correctement pour cette importante responsabilité. Il ne suffit d’ailleurs pas d'être dirigeant d'une grande entreprise pour être automatiquement un administrateur compétent. Saluons, à cet égard, l'action courageuse de la société indépendante Proxinvest qui conseille les investisseurs en matière de valeur actionnariale et de gestion de leurs votes. Elle vient, en effet, de dénoncer le manque d'indépendance des administrateurs non exécutifs de Total, et, en particulier, celui du président de la Société Générale (banquier du groupe), maintenu en place malgré les 5 milliards d'euros de pertes liées aux opérations d’un de ses traders. Compétence ?
Les derniers articles de l'auteur:
Bourse - Dans le flux des publications, la SSII Capgemini et France Télécom ont été très recherchées. La première finit avec un gain de plus de 7% et la seconde décroche la palme du titre le plus rentable du Top 100 grâce à sa politique de dividende.
Les derniers chiffres des notaires sur le marché immobilier francilien font état de prix soutenus dans un marché redevenu actif. Réagissez
Le Conseil constitutionnel devrait prochainement se prononcer sur la non-conformité à la Constitution de l'impôt de solidarité sur la fortune. Réagissez
Dernière opinion transmise par marc,
le 11/02/2010 11:48:00


Juste une chose les grands groupes ont des participations croisées et disposent par ce moyen des lieux étroits entre eux. Ils sont en réalité détenus par peu de monde. mais les grandes puissances commes les pays arabes et chinois arrivent pour secouer le tout. et celà va se faire dans peu de temps par des prise de contrôle par ce même biais
Guillaume Prache a raison, on devrait l'écouter plus sérieusement. Les épargnants, consommateurs, salariés ou retraités, et citoyens en général, ont besoin d'une démocratie vraiment transparente, pas celle des notables complices de Madoff.
Bravo chevalier sans peur et sans reproche, le combat est rude et les ennemis de taille, mais il est plaisant et encourageant de voir des idées proches des nôtres ainsi raisonnablement exposées. Seront-elles entendues?