Vers un grand ménage de la fiscalité immobilière ?

Qui dit collectivités locales dit impôts locaux. Une éventuelle suppression de la taxe professionnelle, recette communale majeure, obligerait à trouver d’autres ressources. L’immobilier, déjà surtaxé, pourrait bien en faire encore les frais.

Jeudi 5 mars 2009 à 11:39 - Par Christian Micheaud
 
 

Christian Micheaud

directeur du site www.pierrepapier.fr

« Christian Micheaud, 56 ans, DESS de droit notarial, est directeur du site Internet www.pierrepapier.fr. Ancien journaliste de la presse juridique et patrimoniale, il a été chef de rubrique immobilier au magazine Mieux Vivre Votre Argent. Il est l'auteur d'ouvrages édités par le Groupe Express-Editions : « Bâtissez votre patrimoine immobilier », « Créez et gérez votre SCI », « Défiscalisez en Borloo-Robien ». »

La taxe professionnelle va être supprimée. Sur le principe, on s’en réjouit : alléger les charges de nos entreprises les rendra plus performantes. Dans la pratique, cependant, il faut bien avoir conscience que la suppression de la taxe professionnelle devra être compensée par d’autres recettes pour les collectivités locales. Une taxe carbone n’y suffirait pas. Ne doutons pas que c’est encore l’immobilier qui sera mis à contribution. La taxe foncière sur les propriétés bâties est toute trouvée pour remplir cette mission.

Les communes n’y perdraient pas. Elles y trouveraient des recettes plus régulières que celles actuelles : on ne délocalise pas les immeubles, leur valeur – l’assiette de l’impôt – varie peu et les propriétaires sont des contribuables solvables. Mais les besoins seront tels que la taxe foncière pourrait exploser et se rapprocher de celle pratiquée dans d’autres pays. Aux Etats-Unis, par exemple, l’impôt communal payé chaque année par les propriétaires représente couramment jusqu’à 2 %... de la valeur du bien. C’est énorme ! Mais au moins, là-bas, c’est une taxe unique.

Si, d’aventure, la France voulait se lancer dans cette voie, il faudrait d’abord qu’elle remette à plat sa fiscalité immobilière. Un « grand impôt communal annuel » devrait inclure toutes les autres taxes locales : d’équipement (TLE), d’assainissement, d’enlèvement des ordures ménagères, etc. Il conviendrait aussi de supprimer ou de réduire considérablement les autres impôts sur le capital que sont l’impôt de solidarité sur la fortune, les droits de mutation à titre onéreux (vente) ou gratuit (héritage), la taxation des plus-values immobilières. Un grand ménage fiscal en perspective.

Tout aussi indispensable serait de rendre plus juste cette taxe foncière. Pour les immeubles anciens, elle est actuellement calculée sur des valeurs cadastrales qui datent d'il y a quarante ans. Une révision de ces valeurs a bien eu lieu dans les années 1990, mais elle n’a jamais été appliquée. Elle aurait entraîné une augmentation telle de l’impôt foncier pour bon nombre de logements, et tout spécialement ceux du parc HLM, que la réforme a été ajournée. Par ailleurs, à la justice de l’assiette, il faudrait ajouter la justice des taux, afin d’assurer une certaine harmonie entre les communes.

Même ainsi formaté, ce grand impôt communal ne manquerait pas de réserver des surprises. La mobilité résidentielle s’en trouverait probablement accrue, autant du fait de la baisse des droits de mutation que du coût élevé de la taxe, qui obligerait chacun à se loger selon ses moyens. La mixité sociale des quartiers n’aurait rien à y gagner. Et puis, pourra-t-on encore encourager les Français à devenir propriétaires de leur logement si c’est pour les assommer ensuite avec une super-taxe sur la propriété immobilière ? A moins, bien sûr, de multiplier les dégrèvements, exonérations et autres régimes d’exception dont on a le secret… La fameuse « exception française » sévit aussi dans la fiscalité !

 

 

 
 
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Commentaires
1 | filmarty – 22/10/2009 - 21:06

taxer un peu plus les propriétaires de résidence principale ne ferait qu'aggraver la stagnation des ventes immobilières et pourrait même provoquer un retour vers la location de certains propriétaires n'y trouvant plus leur compte.Il faudra peut-être alors creer une loi scellier pour motiver les acheteurs de résidence principale.

2 | eirikr – 25/03/2009 - 14:23

Au-delà des besoins de financement des collectivités locales, un objectif de réduction de la spéculation sur l'immobilier résidentiel doit être poursuivi. Cet objectif passe nécessairement par : - la mise en place d'un impôt sur le revenu fictif de propriété de la résidence principale (économie de loyer réalisée, qui est bien un revenu du capital), - la taxation des plus-values sur la résidence principale (est-il acceptable de laisser non taxée une plus-value de 180% en 10 ans pour quelqu'un qui repart en location après avoir été propriétaire de sa résidence principale de 1996 à 2007 ?). Ces taxes seraient des mesures de justice fiscale.

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